QUE D'LA GUEULE !

OPÉRATION PIRANHA, CLAUDE LAURAC
OPÉRATION COUSCOUS, CLAUDE LAURAC
EURÉDIF / ATMOSPHÈRE # 68 & 73, 1974

1974 fut l'année clef pour les SAS de gauche. Pas moins de 3 séries relevant du genre y tentèrent leur percée... sans grand succès. CQFD. Année clef mais pas année d'or.
Les éditions Galliera proposèrent ainsi (et reparties en moins de quatre trimestres) 8 volumes des aventures de Norman Adams, médecin tier-mondiste aidant les révoltés d'Afrique noire à s'émanciper du joug occidental.
Dans sa collection Sang D'Encre, Jean Dullis publia celles d'un certain David Sladek, tennisman, espion, éco-terroriste combattant cyniquement multinationales et industriels. L'éponge fut jeté après deux épisodes.
Et enfin, du coté de chez Eurédif, boite érotico-porno alors en pleine expansion, Christian Laurac (pseudonyme maison masquant un collectif d'auteur) s'essaya au genre en serrant au plus près la formule déjà éprouvée par Gérard de Villiers. Espionnage, exotisme, pays chauds, dictatures et bla-bla-bla diplomatiques.
La couverture reprend d'ailleurs la fameuse charte graphique certifié prince
Malko, cette lettre dont les contours délimitent l'image d'une fille pulmonée et armée ou dévêtue et décidée.
Pour le coup, par contre, ce n'est pas un acronyme de trois signe qui est ici inscrit mais une simple initiale, celle du héros : "K" comme Ange Kérina - un peu comme le "M" dans l'édition Allemande de SAS répond à Malko Linge.

De prime abord, Ange Kerina est une réplique exacte de ces espions et aventuriers que le Fleuve Noir, l'Arabesque, la SEG et les Presses Noires (futur Euredif) publiaient dans les années 60 et que Gérard de Villier up-data, pour le meilleur et (surtout) le pire, au cours de la décennie suivante.
Des ébauches de héros, caractérisés par quelques poncifs inévitables
.
Il est grand, il est fort, il est beau, volontaire, courageux. Il respecte un certain code de l'honneur et se tape une poulette par épisode, minimum syndical.
Ensuite, on lui rajoute un petit quelque chose de personnel, histoire de bien le distinguer au mitan de la masse indivisible des barbouzes de papier qui pullulaient dans les rayonnages de l'époque. Celui-ci cultive un fond romantique, celui-là collectionne les trains électriques, cet autre aime à ingurgiter de l'anisette à toute heure de la journée et ce dernier dort avec ses vieilles chaussettes rapiécées aux pieds.

Dans le cas d'Ange Kerina, la distinction est plus appuyé. Notre héros a en effet participé aux barricades de mai 68 et depuis lors, il voyage de par le monde pour aider les causes perdues de ces potes socialistes, communistes et anarchistes.

J'en vois qui se frottent les mains. Calmons-les d'entrée. Ici, ce n'est pas la Brigandine. Et ce n'est pas Max Von Grub non plus. Ange Kerina porte autant à gauche que l'ensemble de ta belle-famille.
T'en frémis d'avance, t'as raison.
Si l'auteur n'était pas là pour nous rappeler toutes les 10 pages que son K est un véritable activiste exalté pur jus abonné à Actuel et au Monde Libertaire, eh ben, c'est bien simple, tu ne t'en serais jamais douté. Tout au plus t'aurai compris qu'entre 2 scènes de coïts mollement forcenés, il reçoit aussi Union via pli discret.

Bref, Ange Kerina, il fait grandement pitié. Ange Kerina, j'écrirai même que c'est Pierre David Gall avec des frusques légèrement différentes et qui, de temps à autre, t'affirmerait que, putain mec, l'année prochaine, je vote Mitterrand, on va tout faire sauter.

Mais, me chuchote-t-on, il n'y a pas que la politique dans la vie, non ? La combinaison action-suspense-cul de ces bouquins, elle vaut quoi ?
Pas grand chose, malheureusement.
Dans Opération Piranha, K est au Brésil. Il aide des révolutionnaires à combattre l'escadron de la mort, pille une multinationale, se tape une gonzesse et aide la police à rétablir la justice (quelle blague !)
L'intrigue traine en longueur, les choses ne décollent qu'à partir de la page 150. Le style est flemmard. Il y a un certain potentiel dans tout ça mais il n'est jamais réalisé. C'est le coup classique : à trop étirer l'inutile, on finit pas expédier en fin de course les éléments qui auraient pu transformer un triste bâclage en une distraction efficace.
Même topo, en pire, pour Opération Couscous - titre ridicule.
Cette fois, K est à Tunis. Il enquête sur une drogue qui force ses consommateurs à se suicider. L'idée fait penser à l'excellent Opération Extase de Paul Kenyon mais l'exécution qu'en donne Christian Laurac est aussi fade que sans intérêt. L'intrigue ne trouve d'ailleurs aucune résolution, chose qui ne semble déranger ni notre auteur, ni son héros.
Quant à moi, je préfère passer la main. Ange Kerina est à la littérature populaire de gauche ce que Petitjean est à celle de droite.
Une
jaffe indigente qui la ramène un peu trop et s'ingère sans aucun plaisir.

3 commentaires:

Zaïtchick a dit…

"S.A.S. de gauche" ? Un concept qui donne le vertige... °_0

losfeld a dit…

ben je l'achèterai pas ton Opération Cassecouilles, ni l'autre. Et puis, contrairement à toi je suis moyennement fan de ces couvertures. En bref merci pour les économies!

ROBO32.EXE a dit…

Zait' : vertige ? pourtant, c'est un concept qui vole pas très haut ;)

lolo : rah putain, je sais pas ce que j'ai en ce moment mais je suis vraiment pas du tout mais alors pas du tout en forme question bons mots. Opération Cassecouilles, ça aurait fait un super titre de billet, ça. pourquoi n'y ai je pas pensé ? rah-la-la ! je suis vraiment foireux. faut que je me reprenne. ouais. je vais aller me pinter la tronche en matant un film avec Alvaro V. ça devrait me redonner la niaque ça.